Biodétérioration et environnement

L’activité du pôle « biodétérioration et environnement » est axée sur la prévention contre le développement des microorganismes qui peuvent coloniser des objets et sur les traitements curatifs. Les microorganismes, et en particulier les micromycètes (moisissures et levures), sont des agents d’altération communs pour les collections comprenant des matériaux organiques, ils sont les plus difficiles à éradiquer. Leur développement va dépendre des conditions environnementales (température, humidité, flux d’air), de la composition et l’état de dégradation du substrat ainsi que de la capacité métabolique des espèces présentes vis-à-vis du substrat colonisé. Quand les conditions favorables à leur croissance sont réunies, ils se développent et se multiplient rapidement. La présence de ces microorganismes constitue alors non seulement un risque important pour les collections mais également pour les personnes manipulant les objets contaminés.


Recherches

La prévention des risques biologiques passe par la détection des micromycètes, une meilleure connaissance de leur biologie, métabolisme, physiologie et écologie, et une compréhension de leur comportement vis-à-vis des matériaux du patrimoine aux différents environnements auxquels elles sont confrontées. Pour leur détection et isolement, la méthode conventionnelle consiste à prélever les moisissures des supports et les mettre en culture. Cette méthode est longue et laborieuse, et nécessite l’intervention d’un laboratoire de microbiologie. Nous avons donc cherché d’autres alternatives, plus simples d’utilisation et à la portée des personnes en charge des collections. C’est ainsi qu’a été mise au point  au CRC, la détection rapide des moisissures viables par l'estimation de l'énergie de charge selon un dosage ATPmétrique par bioluminescence. Malgré sa facilité, cette méthode a encore un coût élevé et nécessite un appareillage spécial. Nous avons  donc recherché une autre méthode. L’utilisation de Pétrifilms3M s’avère être un bon compromis. Ils ne permettent certes pas d’identifier les souches contaminants mais donnent en 3 jours, après incubation à température ambiante, une estimation de leur viabilité et de leur concentration sur les ouvrages ou objets analysés.


La lutte curative consiste à développer des méthodes de décontamination et de désinfection pour les surfaces, les objets patrimoniaux et les aires de conservation. Parmi les sujets abordés au cours des dernières années, citons, l'étude de l'activité antifongique des huiles essentielles et des produits apparentés, l'effet du linalool sur les papiers, cuirs de reliure et matériaux photographiques, le développement d'un protocole de conservation adapté aux objets composites fer/bois gorgés d'eau archéologiques, le traitement fongicide des films cinématographiques…


Actuellement le Pôle axe ses recherches sur la compréhension du phénomène « foxing ».  Le « Foxing » correspond à des taches fluorescentes, parfois colorées dans des tons jaunâtres à bruns qui apparaissent sur des papiers anciens, et qui, à long terme, gênent la lisibilité des documents. Leur observation au microscope révèle la présence de moisissures avec des espèces non formellement identifiées et dont le rôle reste à établir. Cette méconnaissance est due principalement à la difficulté d’obtenir, en conditions de laboratoire et avec des protocoles standards, des croissances fongiques à partir de papiers « foxés ». Des analyses culture non-dépendantes ont été donc utilisées pour identifier les souches et révéler leur viabilité. En effet, pour stopper ce type de dégradation et prévenir de son apparition, il faut connaître le mécanisme de formation du phénomène. Pour cela, différentes recherches sont menées au CRC, pour caractériser le papier et les moisissures présentes, par des méthodes physico-chimiques, biologiques et biochimiques, puis de comprendre les relations entre les deux dans cet écosystème particulier.

Projets / études de cas

Le pôle environnement et biodétérioration a également une activité de services importante. Il est sollicité par les responsables de collections confrontés à des problèmes de contamination fongique.

Pour réaliser les études, une mycothèque a été constituée à partir des  souches fongiques isolées des collections contaminées. Elle comprend actuellement une centaine de souches.

La base de données MYCOTA : afin de rassembler les principales informations concernant la biologie, la physiologie, la biochimie et l'écologie des souches responsables de la biodétérioration des collections, une base de données a été mise en ligne, elle combine des informations issues de l'expérimentation en laboratoire et de recherches bibliographiques.

MYCOTA


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